

Depuis le temps qu’on leur en parlait : "l’Inde, c’est fabuleux, je suis sûre que cela vous plaira, mais si... n’hésitez plus, les indiens sont accueillants, vous y verrez des temples magnifiques, une culture surprenante et attachante etc..."
Ils nous ont pris au mot, ont dit banco et les voilà atterrissant dans la nuit tiède, un peu harassés par les heures de vol et ahuris devant toute cette foule qui les "attend".
Dany et Michel (parents de Franck) nous rejoignent pour 3 semaines. On leur a concocté un itinéraire axé sur le Kerala. Enfin, ça, c’était l’idée de départ puisqu’on a tenu à y rajouter Pondichéry (pour leur montrer où nous allions résider), Ooty (pour l’air frais et les paysages de montagne) Madurai (pour son temple), Mysore (pour les 70 000 loupiottes du palais du Maradjah).
Après des ajustements temporels, des suppressions intempestives de sites prévus et des heures de déchiffrage des horaires de train, voilà notre itinéraire bouclé.
Bouclé mais pas encore booké pour les trajets (train, bus...), pour les hôtels on avisera sur place, l’itinéraire tient du marathon, mais on va essayer de s’y tenir :
5 décembre : Chennai, acclimatation, visite des principaux sites en bus avec l’office du tourisme.
Donc, reprenons. Atterrissage à Chennai, retour à l’hôtel dans la nuit avec un chauffeur de taxi endormi mais les gérants du Broad Lands bien réveillés, registres ouverts et stylos au garde à vous.Pour être tout de suite dans le bain, nous aimons bien "faire" les tours organisés par les offices du tourisme des villes ou des états que nous traversons. C’est souvent assez saugrenu : ballades en car avec des commentaires à l’arrache dans un anglais inaudible, visites de musées fermés et de sites en réparation voire en construction, temps de visite réduits pour les sites et temps à rallonge pour les boutiques de soie et de souvenirs. Avec Dany et Michel, nous avons faits ceux de Chennai et de Pondichery, fidèles à leur réputation, c’est une bonne première approche de "l’indian style"...
Une autre façon de se plonger dans l’Inde est de prendre le train et c’est ce que nous avons fait. Entre le temps passé à la réservation, l’attente dans les gares et la durée du voyage (à 50 km à l’heure), cela permet d’ouvrir grand les yeux et de se faire son idée.Pour les trajets courts, on peut aussi prendre le bus. C’est plus simple, les bus sont nombreux et un peu plus rapides. Il faut juste avoir le coeur bien accroché lors des dépassements, ne pas craindre le bruit des klaxons et de la vidéo du bus, faire pipi rapidement lors des pauses éclairs ou prendre patience une demi-heure pendant le repas du chauffeur alors que l’on est à 10 km de l’arrivée.
C’est en prenant le bus pour visiter un musée tribal (tribal research centre) que nous avons vécu un moment très fort à Ooty. Nous avons compris qu’il se passait quelque chose dans un village proche, les passagers nous parlaient d’un festival (lamp festival) et nous invitaient à nous y rendre. Au retour de notre visite très intéressante du musée, nous avons attendu le bus au milieu des champs de thé dans la nuit tombante (moment doux et intense où je me suis sentie aussi bien que dans le petit matin de Madurai). Le premier qui est passé nous a emmenés vers le festival...Nous aurons au cours de ce périple emprunté le train, le bus, le taxi, le rickchaw [2] (à quatre) et le bateau... Si, si le bateau.
Dans les back-waters, c’est le meilleur moyen de découvrir la beauté des paysages et les villages qui bordent les canaux.
Le trajet pour rallier Allepey à Kolam est un peu long (une journée pour parcourir 80 kms) mais on a pris le temps et Michel a surtout pris des photos.
L’eau a baigné notre périple, grâce à l’océan Indien à l’est (Pondichery, Mamallapuram) et à la Mer d’Oman à l’ouest (Varkala,Cochin), on s’y est rafraîchi et on s’est mesuré aux vagues. Dans les back-waters, le calme régnait et les filets de pêche étaient nombreux. La pluie nous a aussi accompagnés une dizaine de jours en début de séjour mais on a réussi à passer entre les gouttes !
Les visites de temples sont souvent des moments importants même si la ferveur des pélerins, la foule qui se presse et les différents rites aperçus nous positionnent en spectateurs ébahis. Le Sri Meenakshi de Madurai est un temple immense, souvent plein à craquer, sombre avec cette odeur caractéristique de vieux beurre et de chauve souris. On est saisis en entrant par l’activité commerçante qui y règne, puis on s’enfonce dans les différentes salles et tout devient plus mystérieux.
Nous y avons flané puis nous avons rejoints le Puthu Mandapam, fameux marché des tailleurs situé dans un batiment sombre à colonnades. Le marchandage y est de rigueur, cette activité nous surprend souvent et nous déplaît parfois.
Discuter le prix n’est pas ou plus dans nos coutumes. En Europe, les produits sont étiquetés, empaquetés et aseptisés.
Sur les marchés indiens , tout peut se discuter, encore faut- il avoir une idée de "la valeur des choses" et ce n’est pas le plus simple...
Il est nécessaire de passer un peu de temps à demander, comparer pour se lancer dans la transaction.
A cela s’ajoute la conversion que l’on ne peut s’empêcher de calculer même si elle ne veut plus dire grand chose dans deux mondes économiquement si différents.Si c’est assez facile de marchander en anglais, il existe des situations où il est parfois plus difficile de se faire comprendre.
Je repense à une fin de repas à Varkala, le poisson était parfait, la petite bière bien fraîche, la soirée douce et les moustiques en meeting à la table d’à côté. Il ne restait plus qu’à commander notre petit plaisir du soir : un ginger, lemon, honey, c’est, comme son nom l’indique un mélange de gingembre, citron et miel dans de l’eau chaude et c’est absolument délicieux.
Nous en avions déjà commandé sans aucun problème mais là, la machine s’est enraillée, nous étions pourtant quatre à la prononciation et aux explications.
Tout ce que nous avons pu obtenir, c’est un verre d’eau chaude sucrée et trois petites soucoupes, l’une avec du citron, l’autre avec du gingembre et la dernière avec... de l’ail.
On a beaucoup ri, le serveur aussi quand il a fini par comprendre...
Et voilà, depuis le temps qu’on leur en parlait...
Nous en reparlerons certainement. Nous espérons avoir réussi à communiquer à Dany et Michel, pendant ces 3 semaines, notre passion pour l’Inde.
[1] un euro=53 roupies
[2] Véhicule à 3 roues, de couleur jaune et à capote noire, de type triporteur généralement utilisé pour le transport de passagers
[3] thé au lait et aux épices(cardamone, gigembre,...) trés sucré bu à longueur de journée