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Polynésie
Carnet de route

Chroniques polynésiennes (1)

Mai et juin 2006
modifié le mercredi 19 juillet 2006, première publication le vendredi 26 mai 2006 par Chô

Mardi 23 mai 2006

Ganesh sur Moorea
Et voilà nous y sommes, après nos 36 heures de voyages, nous avons atterri à Papeete où... personne ne nous attendait !
Nous avions dit à Esther que ce n’était pas la peine de faire le voyage depuis Moorea, d’autant plus que nous arrivions à 5 heures et demie du matin et que cela les obligeait à dormir à Papeete.
Je devais l’appeler à notre arrivée, ce que j’ai fait après avoir changé des sous et acheté une carte de téléphone. Et là, rien, pas d’Esther au bout du fil, seulement le répondeur.
Etaient-ils en route pour nous accueillir ou pas ...
 
Je rappelle 10 mn après et là : ligne occupée.
Nous nous disons donc déjà que le téléphone fonctionne, je réessaie à nouveau 10 mn plus tard et là j’ai Esther au bout du fil, elle me dit que le réseau fonctionne très mal, ce qui n’était jamais arrivé depuis qu’elle a un portable, il est maintenant 7 heures moins le quart, elle nous dit avoir reservé des billets d’avion pour Moorea sur l’avion de 7 heures et qu’ils seront à l’aéroport pour nous accueillir.
Course avec les 80 kilos de bagages sur 2 chariots pour passer de l’aéroport international à celui des lignes intérieures.
Arrivée à 7 heures moins 3, pour s’entendre dire qu’il est trop tard, que l’embarquement est terminé !
Mince alors ( pour ne pas dire plus).
Nouvel appel à Esther où elle m’entend, mais moi je n’entends rien. Raccrochage, nouvel appel, répondeur où je laisse un message pour dire que nous prenons le prochain bateau, qu’ils nous attendent au port de Moorea.
Nous prenons le taxi pour le port, un bateau est en partance, juste le temps de prendre les billets et on est sur la mer, sous un ciel chargé, ravis de nous poser et d’admirer le paysage.
Une demi-heure plus tard, Moorea à l’approche et sur le quai Esther, Ronald et Tehei...
Tehei tout sourire qui nous adopte de suite, un vrai bonheur ce bébé, des calins, des gazouillis, un sourire plein de petites dents.
On avait prévenu que nous avions beaucoup de bagages, du coup ils sont venus en camion avec un collègue à eux. Direction la maison réservée par Esther dans la benne arrière, plaisir de retrouver Moorea, la beauté de ses paysages, la mer partout, ce ciel magnifique et unique. Il est maintenant 8 heures et demie et nous entrons dans la maison lumineuse et tranquille.
Ouverture des bagages et du colis indien arrivé depuis quelques jours, Esther est ravie des présents pour Tehei des grand-mamies, elle salive mais se réserve les fromages de mamie Jeanne pour plus tard ( 2 fromages de chèvre embarqués et planqués dans nos bagages au risque de finir à Gantanamo).
Les cadeaux indiens emballés avec l’encens nous replonge dans l’Inde.
La journée se passe, Esther et Tehei restent avec nous, papotage avec Esther et papouillage avec Tehei.
Nous sommes là depuis 3 jours, on récupère de la fatigue du voyage. Makhno nous a rejoint, le temps est frais et pluvieux, la vie va.

Jeudi 1er juin

Bain de mer
Aujourd’hui premier bain de mer, j’avais oublié que l’eau est si chaude et limpide.
Malgré un petit vent (léger, léger ...) on a coincé pendant 2 heures à se prélasser au milieu des petits poissons.
Le beau temps est revenu depuis 3 jours après quelques pluies et bourrasques, ici c’est le début de l’hiver ( !), j’en veux bien des hivers comme ça...
 
Nous nous sommes lancés à fond dans la mise à jour du site au rythme d’un article par jour histoire de partager nos photos et nos bons moments indiens. Sans oublier Tehei que l’on a photographiée sous tous les angles.
La vie est rythmée par les visites d’Esther et de Tehei, nous l’avons gardée 2 matinées, tout s’est bien passé, on a réussi notre examen de nounou.
On s’organise dans notre nouveau home et on prend plaisir à cuisiner, cela fait un petit moment que ça nous chatouille. En Inde, on s’est contenté de se régaler.
On a fait quelques connaissances (Annick, Arnaud) et revu des gens (Carole, Stéphane) rencontrés l’année dernière.
Nous n’avons qu’un vélo pour le moment, je devrais avoir le mien demain. Nous pourrons nous déplacer plus facilement, bien que l’île ne soit pas très grande (60 km de route de ceinture) un moyen de transport est indispensable pour être un peu autonome. Les trucks ou bus ne sont pas très fréquents et assez chers.
Ici, d’ailleurs tout est cher, c’est une des raisons pour lesquelles il y a eu un mot d’ordre de grève générale contre la vie chère (5 syndicats) qui s’est un peu dégonflé en dernière minute puisque seuls 2 syndicats l’ont maintenu pour aujourd’hui.
L’économie semble marcher tout cool, Franck commence à contacter les entreprises.
Pendant ce temps, je lis "les Immemoriaux" de Victor Segalen et me plonge dans un autre siècle quand Tahiti était presque seule au monde.

Lundi 12 juin 2006

Coqs de Moorea
Depuis hier, gros grain et grand vent, un temps à ne pas mettre une poule dehors et pourtant elles y sont et ne ressemblent plus à rien ...
Hier, nous étions invités chez Esther et Ronald pour le repas de midi, le vent soufflait déjà beaucoup et le manguier au-dessus de leur maison était impressionnant.
 
Nous avons mangé notre premier uru (fruit de l’arbre à pain ) une partie cuite dans le feu telle quelle et une autre en frites. Un régal.
Leur maison a un peu changé depuis l’année dernière, il y a maintenant une dalle dans la cuisine et des paravents dans la salle de bains à ciel ouvert.
L’endroit est vraiment agréable, très ombragé, l’impression d’être dans la brousse alors qu’il y a d’autres maisons alentour.
C’est la deuxième fois que nous allons chez eux en vélo, une bonne demi-heure le nez en l’air, et non pas dans le guidon, à regarder la mer, les arbres et les fleurs en espérant qu’un chien ne pique pas une crise et ne nous attrape un mollet !
Avec les vélos, tout est plus simple, nous allons à la source chercher nos 10 litres d’eau, nous baigner (quand il fait beau), nous ballader.
Sur le mien, il y a un siège-bébé, on va bientôt pouvoir emmener Tehei, nous sommes allés 2 fois à la mer avec elle, elle aime beaucoup mais ne maîtrise pas forcément que l’eau est salée, du coup ça grimace.
Nous cherchons un peu à changer de maison pour quelque chose de plus grand et de moins cher (on n’a peur de rien !) mais cela n’a rien donné pour le moment et je pense que nous n’avons pas beaucoup de chance ...
En tout cas, celle-ci résiste au vent et c’est plutôt rassurant par ce temps.
L’hiver approche (juillet et aôut) mais ça ne devrait pas être forcément signe de pluie ...
A voir.

Samedi 24 juin

Ma'a du dimanche matin
Dimanche dernier, Ronald nous a offert le petit-déjeuner tahitien.
A notre réveil, la table était garnie, il y avait du pua rôti (cochon) et du pied de pua, du poisson cru mariné dans le lait de coco avec petits oignons, carottes, concombres, jus de citrons et accompagné de taioro soit un mélange de coco rapée et de jus de chevrettes (crevettes d’eau douce), ça c’est pour la partie salée. Pour les friandises, nous avons eu du poe, sorte de gâteau mou à l’amidon coco ou banane, conservé dans du lait de coco. Pour finir et pour tremper dans le thé ou le café, des firifiri, beignets sucrés et allongés ayant la forme d’un huit ou d’une tresse. Le firifiri est une véritable institution poynésienne, les familles en font les dimanches et les vendent au bord de la route devant leur maison.
 
C’était très agréable et nous nous sommes régalés ...
Puisque je suis dans le registre spécialités, nous avons aussi la semaine dernière mangé des ature (poissons gris argent délicieux), l’achat est déjà tout un rituel, on entend au loin un joli son de corne, ce sont les pêcheurs qui arrivent, ils font le tour de l’île en voiture avec un énorme coquillage dans lequel ils soufflent, l’arrière de la voiture est remplie de colliers de poissons, tu as juste le temps de chercher le porte-monnaies et de te précipiter au bord de la route. Et là, c’est la moitié du quartier qui attend et achète un ou plusieurs "paquets" d’ature. Les polynésiens sont très friands de ce poisson.
On s’est retrouvé tout fier avec notre dizaine de poissons mais un peu "embarrassé" à l’idée de les écailler, vider et préparer. C’est à ce moment-là que la voisine nous a interpellés par dessus la haie et proposés son aide, du coup on s’est retrouvé chez elle avec nos ature.
En prime, nous avons eu la recette du poisson cru mariné au lait de coco !
Voilà, pour les nouvelles culinaires.
Depuis notre arrivée, nous ne sommes pas retournés à Tahiti, nous étions pourtant bien décidés un matin mais nous avons raté le truck (bus) et on n’ a pas retenté depuis, peut-être la semaine qui vient ...
Ca, c’est mon côté frani (française) de vouloir à tout prix prévoir des trucs, ce n’est pas la mentalité d’ici, le jour se lève et on voit ce qu’on fait, on s’y fait bien aussi, mais des fois, je ne peux pas m’empêcher de prévoir et planifier. Ca en fait rire quelques-uns autour de moi !
On ne se refait pas.

Vendredi 30 juin

La cuisine
Bon, ben nous ne sommes toujours pas allés à Papeete, les semaines se suivent, ne se ressemblent pas forcément mais on n’arrive pas à y caser tout ce qu’on veut y faire !
Faut dire qu’ici, le rythme ne va rarement au-delà d’une action par jour.
Nos journées commencent vers 8 heures alors que la majorité des polynésiens se lèvent beaucoup plus tôt pour profiter de la « fraîcheur » du matin, nous restons souvent à la maison durant la matinée, on flâne, après il fait trop chaud pour faire autre chose que se baigner, du coup on va se baigner, on y reste encore et encore et puis voilà, la nuit tombe vers 18 heures. On bricole le site et diverses choses ( lecture, film) et voilà, la journée est terminée.
 
C’est sûr, la vie, ici, est calme et tranquille et le contraste avec le bouillonnement de Pondichéry est énorme, cependant la beauté naturelle de la Polynésie est très semblable à celle du Sud de l’Inde.
Je sens bien que je suis plus faite pour le brassage indien que pour une île de 60 km de circonférence, la présence frani (française) dont je fais d’ailleurs partie, est pesante, 2 mondes qui vivent en parallèle et pas vraiment à la même vitesse.
Je me languis énormément de l’Inde, j’ai toujours la nostalgie quand je quitte l’Inde mais là, l’effet est puissance 10, nous songeons sérieusement à y retourner vers la fin de l’année.
Ce sont nos finances qui risquent de ne pas suivre ! Nous avons repris contact avec l’association (Le Volontariat) avec laquelle nous avons travaillé, une nouvelle collaboration est possible.
Franck galère un peu pour trouver du job, il y a quelques petits trucs qui se profilent, faire des sites (2 en instance ), c’est un peu le calme plat économique, peu de tourisme, une vie très chère pour les polynésiens. Peut-être le nouveau gouvernement (depuis 2 ans) coalition avec à sa tête un indépendantiste va-t-il permettre une ré appropriation de la culture et de la vie d’ici tout simplement ?
Mais bon, pas tant simple sur une île sans trop de ressources maintenue sous perfusion par la toute puissante France ...
Voilà, ces quelques réflexions ne nous empêchent pas d’apprécier d’être (de passage) ici, de passer de très bons moments avec Esther et Tehei, de flâner, de se régaler des fruits, des paysages et de la mer toujours aussi limpide et tiède (malgré l’hiver).
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