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Polynésie
Carnet de route

Chroniques polynésiennes (2)

Juillet et août 2006
modifié le dimanche 20 juillet 2008, première publication le mercredi 19 juillet 2006 par Chô

Dimanche 9 juillet

Le truck de Moorea
Ça y est, cette fois, nous avons réussi à aller à Papeete. En plus le jour de mon anniversaire, donc hier.
Levés à 5 heures trente, tous les quatre (Tehei, Esther, Franck et moi), pour être au bord de la route à 6 heures trente, heure annoncée du passage du truck [1]. Le jour se lève et on attend, 6 heures cinquante cinq et toujours pas de truck à l’horizon.
 
Déception ...
On s’y prépare depuis quelques jours, Esther ne peut nous accompagner que le samedi. Elle travaille les autres jours. Les buts de l’expédition sont multiples mais le principal est d’acheter les cadeaux d’anniversaire de Tehei (7 août).
On n’y croit plus quand soudain on entend le truck au loin mais c’est le bus qui apparaît à 7 heures quinze. En fait les horaires sont susceptibles d’être modifiés en fonction de l’humeur du chauffeur !
Youpi, c’est parti pour une bonne demie-heure, il n’a pas d’arrêts définis, les gens attendent au bord de la route, font signe au chauffeur qui s’arrête ou bien ils laissent un sac ou un tas de feuillage sur le bas côté et arrivent quelques secondes après l’arrêt du bus.
Le bus se remplit doucement et ne roule pas très vite...
Le ferry Moorea Papeete
Nous arrivons au quai un peu avant le départ du bateau, achetons un sachet de mangues épicées et des mape  [2].
Une fois sur le bateau, Esther ne quitte pas l’écran de télévision des yeux afin de ne pas avoir le mal de mer (chacun sa méthode), Tehei dort. Franck et moi montons sur le pont et suivons au loin une course de pirogues.
 
L’arrivée à Papeete est toujours un peu dur, il y a la chaleur plus importante qu’ à Moorea, la pollution et le bruit des voitures, les embouteillages (eh oui !).
Le fait le plus surprenant après un séjour dans une ville indienne est qu’ici les voitures s’arrêtent systématiquement pour laisser passer les piétons lorsqu’il n’y a pas de feux et ça c’est vraiment cool.
Au début, on n’y croit même pas mais on s’y fait bien !
Le centre ville de Papeete est assez petit, on s’y ballade entre marché, boutiques chinoises et "la" librairie, on trouve nos cadeaux, on mange au Bip-Bip Burger, on va de ci de là et nous rentrons en début d’après-midi parce que tout ferme à 13 heures trente le samedi.
Bateau + bus dans l’autre sens et averse torrentielle à l’arrivée à la maison qui nous trempe comme des soupes en moins de deux !

Marché de Papeete

Samedi 15 juillet

Requin pointe noire
Ici, nos activités sont assez limitées : vélo, baignade, cuisine, rédaction d’articles pour le site, baby-sitting du plus beau et plus intelligent bébé du monde (gaga que je suis !).
Et parfois un petit imprévu comme il y a quelques jours ...
Franck a rendu un service (informatique) à un mec qui, en échange nous a offert « un pique nique sur le motu ».
Quoi qu’est-ce donc qu’un motu ? Alors le motu est un petit îlot corallien très coquet et souvent boisé et il y en a quelques uns dans le lagon de Moorea.
En fait, il s’agit d’aller dans un premier temps donner à manger aux requins (le shark feeding) puis aux raies, ensuite pique nique offert sur le motu, bronzette et retour sur la terre ferme.
 
Mardi de cette semaine, on s’est donc fait nos 20 kms en vélo pour rejoindre le point de départ prévu à 9 heures.
Et là, on s’est retrouvé en territoire américain, ça parlait « ouin-ouin » dans tous les coins.
Journée un peu bizarre où on a eu un peu l’impression d’être quelqu’un d’autre.
Concernant le shark feeding et le « gavage » des raies, ce sont 2 activités contre lesquelles nous sommes bien remontées, avec les requins cela peut être dangereux surtout pour les pêcheurs qui se baladent parfois avec des poissons à la ceinture et sont susceptibles de se faire attaquer. Bon, le commandant Cousteau a dit que les requins de lagon n’étaient pas dangereux, mais peut-être qu’il était déjà un peu fatigué quand il a dit ça !
Plus globalement, ce sont des animaux sauvages qui n’ont en aucun cas besoin de nous et certainement pas dans ces conditions.
Au moins, après cette visite, on saura ce que l’on critique puisqu’on l’a vu, de nos yeux vu et ça confirme nos doutes et nos à-priori.
Dans la série, nous avons testé pour vous, ce n’est peut-être pas nécessaire de vous y précipiter ...
Tout ça pour dire que les touristes ont de drôles d’occupations.
De retour sur Moorea vers 15 heures trente, on a refait nos 20 kms à bicyclette moins speedés que le matin, on s’est arrêté pour manger une glace pour moi et une crêpe au chocolat pour Franck.
Et on était à la maison avant la nuit et sans averse.

Baie d'Opunohu

Jeudi 20 juillet

Après la vie des bêtes sauvages des grands fonds marins, il est important en Polynésie de parler de la vie des poules ...
Coq blanc
Le nouveau chef coq
Coq roux

Les poules (les coqs et les poussins) sont partout, sur le bord des routes, sur la plage, sur les motus, dans les jardins, dans les chemins, elles n’ont pas de propriétaire, sont un peu sauvages, se perchent dans les arbres pour dormir.
Nous avons notre bande de poules sur le terrain où nous habitons.
Les points positifs (si,si, il y en a ...) c’est le « nettoyage » sans relâche qu’effectuent les poules dans la terre, par exemple, le « cent-pieds » [3] n’a qu’à bien se tenir s’il ne veut pas finir becqueter par la poule. Les déchets organiques déposés sur « le tas » au fond du jardin disparaissent également quotidiennement.
Autre point positif, l’étude de la vie des poules que l’on peut mener quotidiennement en les observant. Un des grands plaisirs de Tehei est de se balader dans les bras d’un adulte tout en regardant ce petit monde. Dans leur maison, Ronald l’installe chaque matin dans la cour, jette une poignée de riz et elle passe un bon moment à observer la vie des poules !
Bon, pour les points positifs, je n’en vois pas d’autres...
Par contre, les envies de meurtre sont fréquentes surtout contre les coqs qui lancent des cocoricos juste sous ta fenêtre de chambre à tout bout de champ, y compris à 23 heures quand tu t’endors, à 4 heures du mat quand tu es sensé bien dormir , à 5 heures trente quand tu n’es pas tout à fait réveillé. Mais aussi devant la terrasse juste quand t’es en train de dire un truc que tu estimes super important et que du coup personne n’entend !
Ou alors quand ils se battent pour leur territoire ou pour une superbe poule et ce ne sont pas des tendres, la bagarre est rude.
Bon, de temps en temps c’est plus calme, juste après le passage du rottweiler de la voisine (pas très sympa le chien ni la voisine d’ailleurs), son jeu favori étant de courir après les poules, coqs et poussins et ... de les croquer.
Pendant les jours qui suivent, la basse-cour se fait plus discrète.
Malgré cela, il n’est peut-être pas nécessaire d’avoir un rottweiler pour vivre en paix mais un bon lance-pierre peut être apprécié et en plus ça défoule !

Samedi 29 juillet

Arc en ciel du PK 28
Hier, en allant chercher l’eau à la source, je me suis dit qu’on avait de drôles de modes de fonctionnements.
Je m’explique...
Depuis que nous venons à Moorea (trois fois), l’eau est un sujet dont on cause et dont on entend causer.
A priori, l’eau du robinet n’est pas potable (dixit les polynésiens qui la boivent la plupart du temps ! ). Elle est gratuite mais pas « tout partout » comme dit Esther et de toute façon elle est aussi dégueulasse qu’on la paie ou pas, toujours d’après Esther.
 
Selon les quartiers, il est vrai qu’après la pluie, elle ne fait pas envie. Où nous sommes cette année, elle a toujours la même apparence.
Depuis notre arrivée, il y a eu une alerte à la salmonelle sur Haapiti, cela voudrait donc dire que l’eau est surveillée, donc potable sauf en cas de contre-indication.
Mystère. J’ai bien dit que j’allais téléphoner à la mairie mais je ne l’ai toujours pas fait !
Pour notre part et comme à chacun de nos séjours, nous allons chercher l’eau à « la source », « la source » est située à 3 km de chez nous, juste à côté de la caserne des pompiers et est le point de rencontre d’une partie de la population de la côte ouest qui s’y ravitaille en eau.
Nous partons sur nos petits vélos avec nos 2 bonbonnes de 5 litres et quelques bouteilles vides une à deux fois par semaine ...
Alors le hic et le paradoxe pour mon petit esprit cartésien, c’est que cette eau n’est absolument pas surveillée mais réputée « bonne » depuis très longtemps.
Donc, on fait confiance mais quand on voit les modes de cultures (engrais, pesticides...), les manques de respect à l’environnement (divers rejets dans la mer, brûlages quasi quotidiens des plastiques sur « le tas ») on se demande bien pourquoi !
Peut-être parce que pour le moment, on a encore pas attrapé le caca mou !
Reste une troisième alternative utilisée pour Tehei, c’est l’eau en bouteille locale, outre les déchets de plastique que cela créée, je viens de lire une enquête dans un magazine local qui laisse entendre que la plupart des eaux en bouteille locales ne répondent à aucune norme sanitaire et peuvent être dangereuses à la longue ( !) ...

Vendredi 4 août

Mauvais temps
La semaine dernière, Météo France a annoncé un avis de forte houle, bulletin exceptionnel répété fréquemment sur les radios, un peu inquiétant par la hauteur des vagues annoncée (jusqu’à 4 mètres dans certains archipels).
Mais il n’y a bien que nous qui semblons nous inquiéter, donc nous nous sommes calmés et nous avons attendu.
 
Le premier signe a été sonore, c’est le bruit des vagues qui s’écrasent sur le récif.
Par temps calme, il faut dire que les îles polynésiennes se tiennent bien tranquilles dans le lagon protégées de la haute mer par la barrière de corail (le récif).
Quand ça s’agite comme la semaine dernière, cela fait du bruit et le spectacle des vagues est magnifique quand on sait qu’on n’a pas à prendre le bateau pour aller à Tahiti ou ailleurs...
Les plus réjouis sont certainement les surfeurs qui offrent un show éblouissant, on ne l’aura vu qu’à la télé car s’approcher de la barrière de corail ne me tente pas trop par ce temps.
Les passes qui permettent aux bateaux de rentrer dans le lagon deviennent aussi très dangereuses et mieux vaut savoir manoeuvrer pour ne pas s’écraser sur le récif.
Le plus surprenant est certainement que le temps reste beau, soleil, ciel bleu et pas de vent, c’est que la dépression vient de loin et met longtemps à arriver (nous sommes si loin de tout !) que seule la mer est affectée.
Les eaux montent dans le lagon de façon impressionnante et s’immiscent dans les terres par les canaux qui normalement se vident dans la mer.
Nous sommes allés nous baigner par 2 fois. Tout à coup le lagon avait un petit air d’océan indien et les côtes du Kerala se rappelaient à ma mémoire.
L’eau était agitée de forts courants mais pas plus froide peut-être même légèrement plus chaude que d’habitude,les fonds étaient boueux. Mieux valait ne pas se laisser emporter mais rester concentré (Franck sait mieux faire que moi ! ).
Une personne est décédée à Tahiti emportée par les courants.
C’est pour dire que ce n’était pas de la rigolade...
Puis la mer s’est calmée et s’est retirée, elle est redevenue limpide. Météo France a levé son bulletin d’alerte.
Temps grisPour remettre ça, cette semaine avec un avis de fortes précipitations et grand vent. Aujourd’hui, il pleut sans discontinuer sur Moorea, il fait frais et le vent est fort mais ce sont les Tuamotu et les Gambier qui subissent la vraie tempête.
 

Mardi 8 août

Avec mamie
Hier, Tehei a eu un an et samedi a eu lieu la fête d’anniversaire dans la famille de Ronald.
Pour l’occasion, ils avaient confectionné un « maa tahiti » traditionnel.
Tous les aliments (cochon de lait (pua), uru, taro, manioc, poulet fafa, bananes fei et poe ) sont cuits dans l’ahimaa [4].
Il y avait aussi du poisson cru au lait de coco, du fafaru et des gâteaux dont un bon gros gâteau « mimosa » d’anniversaire.
 

Préparation du miti hue Préparation du miti hue l'ahimaa Maa tahiti

Franck et moi (surtout Franck pendant que je discutais avec les voisins en leur empruntant leur moule à gâteau) avions fait un gâteau au chocolat et une tarte aux citrons.
Après la prière et le repas, il y a eu la surprenante partie de boules, de Pondichéry à Moorea, la boule reste le lien avec la France. Les amicales boulistes et autres clubs de boules sont nombreux en Polynésie !
Et tout cela, baignée dans la musique "tahitienne", florilège de reprises de vieux tubes français à la sauce des îles.

Partie de cartes Ronald et la bande des franis Club de pétanque la partie de pétanque

La journée a été sympa, même si le mélange polynésiens-français (invités dans les mêmes proportions) n’est pas toujours aisé. Mais les affinités se créent parfois sans barrière de cultures et le courant passe.
Tehei a soufflé sa bougie et reçu de jolis cadeaux, elle était magnifique avec sa couronne de fleurs.

Tehei le jour de ses 1 an Le gâteau Déballage des cadeaux Tehei et ses grands parents

Elle a donc maintenant un an, 2 dents de plus et elle marche. C’est une adorable petite fille câline et coquine avec laquelle je passe de doux moments.

Samedi 19 août

Notre fare (maison)
Ça y est, ce qui n’était qu’un projet pour les grands parents paternels d’Esther (Claire et Jean-Pierre) est devenu un peu plus une réalité puisqu’ils ont acheté, aujourd’hui, un billet d’avion Paris-Papeete !
La surprise du mois est que finalement après avoir hésité, ma mère se joint à eux.
Elle fêtera donc ses 70 ans ici auprès de son arrière petit fille, de sa petite fille et de sa fille !
Quelle histoire ...
 

Tout ce petit monde débarque le 11 octobre et repart en France en même temps que nous, c’est à dire le 22 novembre.
Je trouve ça super et cela me fait très plaisir d’être tous réunis ici autour de Tehei.
Restent quelques petits détails matériels à régler comme trouver une grande maison pour qu’on loge tous ensemble, une voiture pour au moins une partie du séjour, préparer quelques « sorties »...
En fait, toutes ces petites choses qui contribueront aussi à un séjour agréable.
Quand ils viendront, il fera très chaud, ce qui n’est toujours pas le cas. Cela fait maintenant 15 jours que nous ne sommes pas allés nous baigner et le maramu (vent froid du Sud) nous harcèle de ses bourrasques.
Nous résistons et luttons contre les éléments déchaînés.

Jeudi 24 août

Franck à coté de son vélo
J’ai encore du mal à imaginer (réaliser) que l’on peut faire le tour du lieu où je vis. En partir d’un côté et revenir de l’autre !
Eh oui, une île de 60 kms de route de ceinture c’est à la fois très peu et beaucoup.
Très peu parce qu’on en a vite fait le tour, que l’on connaît bien vite tous les points qui nous intéressent et que l’on se sent à l’étroit.
Mais c’est beaucoup quand on se déplace en vélo et du coup on n’en connaît vraiment qu’une partie, disons une côte, de toute façon on se dit qu’on en connaît la moitié, que l’autre moitié n’est pas plus grande et qu’après il n’y a pas d’autres terres.
 
Chô sur son vélo Toutes ces impressions sur l’isolement et l’impression d’enfermement malgré l’immensité de l’horizon et des eaux sont certainement des faux problèmes, combien de personnes vivant dans des grands espaces en profitent réellement ?
Mais bon, il n’empêche ...
Que faire sur une île paradisiaque une fois qu’on en a fait le tour ?
 
Cultiver son jardin , peut-être ?
Les jardins ornementaux, en fait les terrains qui entourent les maisons, les pensions et les grands hôtels sont la fierté des polynésiens.
Il faut dire que la nature et la flore sont magnifiques, mais pas seulement, elles sont aussi « envahissantes », même les piquets de clôture faits d’arbres coupés arrivent à reprendre !
C’est un combat sans merci (en tout cas, c’est comme cela que je le vois) que mène chaque polynésien.
Ratisser, couper, tailler, biner, tondre ... Et faire brûler les déchets sur de grands tas ...
Du « petit » matin jusqu’au soir, ce n’est qu’activité jardinière.
Montres moi ton jardin et je te dirais qui tu es .
Les frani (français) ont la réputation (méritée d’ailleurs) d’avoir ce qu’on appelle des jardins de curés, c’est à dire un peu fouillis !
Ils sont montrés du doigt mais j’ose avouer que je préfère un jardin un peu bordélique plutôt qu’une alignée de fleurs sur une pelouse au garde à vous.
Ce sont peut-être là les limites de mon intégration !

Chô au rateau


[1] camionnette aménagée et décorée de dessins servant de moyen de transport

[2] sorte de châtaignes cuites à l’eau et vendues dans les rues par petits paquets

[3] le scolopendre cent-pieds est une espèce de ver de terre avec des pattes ( !) qui peut faire jusqu’à 20 cm de long, pourvu de crochets à l’avant de la tête qui inoculent un venin provoquant une inflammation

[4] des branches et des pierres sont disposées au fond d’un trou creusé dans le sol, on embrasse les branches, qui chauffent les pierres, on pose alors une couche de feuilles de bananiers sur lesquelles on place les aliments à cuire, on couvre l’ensemble de feuilles et de sacs en toile puis de sable, pour une parfaite étanchéité. La cuisson dure plusieurs heures


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