Mercredi 6 septembre

Il y a un véritable plaisir à vivre les choses en prenant son temps. C’est la première fois que cela m’arrive depuis bien longtemps.
Même, lors de nos voyages où nous sommes itinérants, ce n’est pas la même impression car il y a les déplacements, l’inconnu à chaque nouvelle étape.
Ici, nous sommes en terrain (superficiellement) connu et installés au même endroit pour 6 mois.
Pour ma part et contrairement à Pondichéry où il y avait des contraintes de travail et d’horaires, je suis ici, sans activité...
Donc, le temps passe à mon rythme, je le tends, le détends selon mes envies.
Je m’ennuie rarement, je « bouzine » au gré des jours. Il me manque juste un peu de « spectacles », ce monde îlien est très fermé. Il vit en vase clos avec un regard en coin vers l’ailleurs à la fois fasciné et apeuré.
Du coup, internet prend parfois une importance démesurée et devient vraiment une « fenêtre ouverte sur le monde ».
Ici, on vit au jour le jour et on ne s’intéresse qu’à ce qui est dans la même sphère (l’île ou l’on vit et pas celle d’à côté !)
Pourquoi faire autrement ?
Je pense qu’il est difficile de convaincre un polynésien de faire autrement...
La semaine dernière, j’ai appris que mon année de congé supplémentaire m’était refusée.
J’étais pourtant sûre que c’était possible...
Dur à encaisser...
Cette année en Inde nous aurait permis de poursuivre nos activités au Volontariat et d’envisager une suite plus permanente dans cette voie.
Là, il est trop tôt pour envisager la démission.
Nous avons choisi de rentrer en France et pour moi de reprendre le boulot.
Franck va poursuivre ses travaux de programmation et de mises en place de sites afin de pouvoir travailler à terme d’où qu’il soit.
Drôle d’impression que l’idée de se réinstaller en France...
Mardi 12 septembre

Hier, nous nous sommes offerts une petite soirée, la première depuis notre arrivée.
Nous étions allés une fois au restaurant en famille pour mon anniversaire, mais hier c’était "dîner-concert" en amoureux.
Cela se passait au PK 0 [
1], juste à côté de chez nous.
Le PK 0 est un restaurant très sympathique, jolie décoration, bons poissons, pain maison et bonnes pizzas ( !).
Le concert était assuré par Louison à la basse (un ami de 25 ans, grenoblois et installé ici depuis presque 15 ans ), Bernie aux tablas (un français installé à Moorea aussi ) et Herenui à la guitare et au chant (un tahitien auteur compositeur prêt à conquérir le public de métropole).
C’était vraiment sympa, rythmes reggae, paroles tahitiennes et bonnes mélodies.
Le public était composé surtout de "locaux" et de quelques touristes, l’ambiance était bonne et nous sommes rentrés à pied sous les étoiles...
Ça y est, nous sommes retournés à la mer, après presqu’un mois d’interruption pour cause de temps frisquet, nous y sommes allés deux fois dans le week-end.
Tehei s’est régalée sauf quand elle a bu la tasse !
On a croisé un banc immense de petits poissons à rayures qui ne nous ont même pas calculé !
Mardi 26 septembre

Et voilà, nous sommes dans une nouvelle maison depuis vendredi soir. Nous avons laissé notre petite maison coquette dans le quartier "touristico-frani" pour une grande belle maison en bois dans un quartier "local".
Dans le jardin, nous avons un arbre à pain, un manguier (la saison des mangues arrive !), un pamplemoussier, au moins deux cocotiers, un frangipanier (avec ses superbes fleurs blanches parfumées) et j’en oublie certainement.
Parmi les maisons que nous avons visitées c’est celle qui nous plaisait le plus, on est donc très content d’y être. Nous allons découvrir les environs, la nouvelle épicerie, la plage du temple, eh oui, l’accès à la plage se fait par le terrain où se trouve le temple, je dis temple mais je ne sais pas trop en fait ce que c’est, il y a une croix et une cloche !
Sur Moorea et je pense plus largement sur la Polynésie française, les lieux de culte (catholiques, protestants, évangélistes, témoins de Jéhovah ...) fleurissent et attirent les foules.
Dans la famille de Ronald (protestante) la prière est faite matin, midi et soir.
Au moment de la colonisation, il y a eu une lutte acharnée entre les colonisateurs protestants et catholiques pour "s’octroyer" de nouvelles âmes !
Quelques cultes surprenants de résistance ont vu le jour dans certaines îles du Pacifique comme les
cultes du Cargo, il s’agit de drôles de cultes qui s’expriment par l’appropriation des biens des Européens, de la cargaison des navires marchands ( !) arrivées en même temps que les colons.
J’ai lu un article sur l’île de Tanna (sud des Vanuatu) et son prophète John Frum, Thalassa a également fait un reportage récemment.
J’ai trouvé cela assez fascinant bien que difficilement compréhensible pour ma pensée occidentale.
Pour ceux que cela intéresse, il existe un ouvrage de Marc Tabani « Les pouvoirs de la Coutume à Vanuatu » que je n’ai pas lu, mais que je compte bien trouver à mon retour en France.
Tout ça pour dire, qu’il y a mélange d’une religion monothéiste amenée par la christianisation avec une tradition culturelle ancestrale qui débouche, dans le cas présent, sur une résistance reliée à une alliance mythique avec la toute puissante Amérique !
A découvrir et à méditer...
Dimanche 8 octobre

En ce moment, un des principaux sujets dans l’actualité locale concerne les retombées radioactives des essais nucléaires pratiquées par la France en Polynésie dans les années 60/70.
Visiblement un taux trop important de cancers de la thyroïde a été le déclencheur bien que les populations n’aient jamais été suivies médicalement alors que les risques étaient connus.
Le gouvernement français a nommé Marcel Jurien de la Gravière (si, si, un nom pareil, ça ne s’invente pas ! ) pour faire toute la lumière( ! ) sur le sujet.
Et ça remue pas mal, au moins un essai en 1971 a eu de graves retombées sur les Gambier et jamais rien n’a été entrepris pour les populations concernées pas plus que pour l’environnement touché.
Ces atolls qui ont servi de bases aux militaires français sont en plus, aujourd’hui souillés par des bâtiments pourris et dangereux.
Même Gaston Flosse, ancien président de la Polynésie, aujourd’hui sénateur demande des comptes à la France, alors qu’il a été complice pendant des années. Si ce n’est pas retourner sa veste, on se demande bien ce que c’est !
Heureusement que certains polynésiens prennent les choses en main , demandent des comptes et ne se laissent plus berner.
Cette année, nous aurons toujours résidé côté montagne , ici, on habite, soit côté mer, soit côté montagne c’est à dire à gauche ou à droite de la route.
Le côté mer a ses adeptes qui préfèrent vivre avec la mer pour décor et c’est vrai que c’est assez fabuleux, mais les détracteurs affirment que les moustiques sont plus virulents côté mer.
Quant aux adeptes du côté montagne, ils préfèrent la nature, la tranquillité, le côté plus local.
Moi, j’ai une préférence pour le côté mer mais nos deux coins côté montagne de cette année sont pas mal du tout.
Dans notre nouvelle maison, il y a la télévision cablée (qui marche mieux que la plomberie, quoique !) et du coup je peux écouter la radio, ça me fait super plaisir d’écouter les émissions de RFI et de France Inter.
Pour France Culture, c’est raté, il y a 2 sons en même temps (c’est certainement la plomberie du satellite) et du coup ce n’est pas très audible ( !), je réessaie de temps en temps.
Vendredi 20 octobre

Comme prévu, les jours filent à grande allure depuis que les arrières grand-parents sont arrivés.
Ils sont arrivés juste à temps avant les blocages.
Depuis jeudi, la ville de Papeete est complètement paralysée par des barrages routiers, entre gros mouvements sociaux et manipulation politique, on ne sait pas trop quoi en penser.
Certains aimeraient bien voir le gouvernement tomber (à sa tête, un indépendantiste ) et d’autres ont de réels problèmes pour s’en sortir tellement la vie est chère.
Sur Moorea, point de barrages, c’est, pour le moment, très calme.
Nous avons fêté les 70 ans de Jeanne (ma maman) samedi dernier. Ronald nous a préparés un repas tahitien dans la tradition.
Nous allons fréquemment à la plage, même si la pluie a un peu gâché les premiers jours du séjour.
Jean-Pierre essaie de nager entre les patates (coraux), Jeanne barbote et Claire commence à apprendre à nager à Tehei.
Hier, nous sommes allés faire une grande ballade dans le lycée agricole de Moorea, un parcours permet de découvrir les différents fruits et fleurs de l’île et nous avons terminé par une dégustation de glaces, jus de fruits et confitures préparés sur place (un régal).
Aujourd’hui, chantier vespa, Esther a décidé de repeindre son véhicule préféré, Franck est ouvrier et les mamies font la garderie !
A leur grande joie ...
Jeudi 2 novembre

Nous avons fait deux ballades sympas ces derniers jours.
Une dans le lycée agricole de Moorea à la découverte des différents fruits et fleurs de l’île. Même si la ballade est balisée, nous avons réussi à nous perdre et ce malgré les conseils de Jeanne qui se rappelait le chemin emprunté l’année dernière !
En fin de ballade, nous avons dégusté confitures, glaces et jus de fruits préparés dans le lycée.
La deuxième ballade, quelques jours plus tard nous a emmenés vers un point de vue sur la baie de Cook, une heure de marche dans les sous bois tropicaux, chaleur et humidité garantis.
Je regrette que nous n’ayons pas fait plus de marche durant ce séjour, on va essayer de se rattraper sur les semaines qui nous restent.
Eh oui, on ne compte plus en mois mais en semaines, une étape est franchie !
Le retour commence à s’immiscer dans mes pensées, certaines choses me font envie : les séances de cinéma au Meliès, les ballades avec ma copine Isa, les livres et les spectacles qui me manquent ici mais d’autres m’inspirent beaucoup moins : le froid et la grisaille, le soleil qui se pointe seulement un matin sur deux (et encore, je suis optimiste), le rythme imposé par le travail ...
Vendredi 24 novembre

Je n’ai aucune excuse pour terminer cet article en France alors qu’il s’agit des chroniques polynésiennes.
Les derniers jours ont défilé et je n’ai pas pris le temps d’écrire.
C’est que nous avons voulu en profiter au maximum.
Une journée passée au lagoonaruim au milieu des petits poissons multicolores, des raies familières voire même un peu collantes, des moyens requins et des grosses tortues, une soirée au Tiki Village à admirer les danseurs, danseuses et les chants polynésiens , quelques journées à Papeete à « magasiner » sans relâche, quelques balades agréables, une petite bouffe bien sympathique pour fêter tous les amis rencontrés durant notre séjour...
Et voilà ...
Beaucoup de joies durant ces 6 mois auprès d’Esther et Tehei, quelques regrets de n’avoir pas pu (pas su) nous intégrer et nous immerger plus dans la culture polynésienne.
Le passé colonial est trop présent pour que les tahitiens puissent s’en libérer, je me suis trop souvent sentie représentante de quelque chose que je condamne et que je combats.
De plus, le chemin irréversible que prennent, maintenant, les tahitiens vers une société de consommation caricaturale me désole.
Vivre sur une petite île est une expérience moins anodine qu’il n’y paraît, si cela permet de se recentrer sur l’essentiel, cela démontre aussi la difficulté de changer de milieu et de repères.

[1] En polynésie, la localisation des adresses se fait à l’aide de points kilométriques. Sur Moorea le PK 0 est situé à l’aéroport et les points kilométriques se comptent coté nord et coté sud. Nous habitons au PK 28, à Haapiti, coté sud. Paradoxalement, le restaurant PK0 n’est absolument pas situé au PK0, mais au PK 27.5. Les bornes kilométriques ont la forme de l’île.