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Le Volontariat

Janvier à avril 2006
modifié le lundi 11 septembre 2006, première publication le vendredi 26 mai 2006 par Chô
Dans le temps, cet article fait suite à celui intitulé « A 4 dans un rickshaw » et dans l’espace, il fait référence à « Pondichéry, repérages ».
Nous nous sommes installés à Pondichéry fin décembre 2005 au Raj Lodge et je relate cela dans « Pondichéry, jour après jour ».
Mais là, je souhaite relater notre séjour au Volontariat.



Début décembre, nous avions obtenu un rendez-vous pour la fin du mois, ce jour-là, nous rencontrons Madeleine De Blic, la fondatrice de l’association. Elle propose que nous allions tous les deux à la ferme de Tuttipakkam pour seconder Michèle une bénévole qui a pour mission de mettre en place un programme éducatif concernant enfants et mamans.
Nous n’avions pas eu l’occasion de visiter la ferme lors de notre première visite et nous en apprenons un peu plus.
Il s’agit d’une ferme située à une vingtaine de kilomètres de Pondichéry, créée et gérée par le Volontariat depuis de nombreuses années.

Chemin
Il y a, d’une part une exploitation agricole de 27 hectares où sont cultivés essentiellement du riz et des bananes ainsi qu’un élevage de 3000 poulets vendus ensuite dans la boutique de l’association, ces ventes assurent une part du financement. Ces 2 activités occupent 31 salariés à temps complet. Le credo du Volontariat est de donner du travail aux personnes en difficulté afin qu’elles puissent être autonomes et s’en sortir grâce à leur emploi.

 
D’autre part, tout cet espace dans le calme et dans un environnement privilégié sert aussi de centre d’accueil pour des enfants.
Durant un mois, la ferme de Tuttipakkam sert aux camps d’été (nos colonies de vacances) des enfants parrainés [1] par le Volontariat. Ces camps ont lieu durant le mois de mai, période des grandes vacances et de forte chaleur.
Quelques enfants de Nila Illam Mais surtout et en permanence, une cinquantaine d’enfants (de 1 à 11 ans) y sont accueillis, ils sont principalement issus de familles gypsi (gitans), parfois orphelins d’un de leur parent ou des deux mais ils sont toujours confiés par un membre de la famille, celle-ci ne pouvant plus leur assurer une alimentation et une éducation correcte. Le financement de leur scolarité est assuré par un parrainage.
 
Il ne s’agit pas d’un orphelinat mais plutôt de familles d’accueil puisqu’en parallèle à l’ accueil des enfants, il y a celui de femmes en grande difficulté. Elles ont été abandonnées ou elles se sont enfuies parce que brutalisées par leur mari. En Inde, une femme seule a très peu de chances de pouvoir mener une vie sociale correcte ou de refaire sa vie, elle est fréquemment exclue et se retrouve avec ses enfants sans ressources.
Le Volontariat a donc mis en place un programme d’accueil d’enfants et de femmes intitulé Nila Illam, 9 femmes et 1 homme [2] pour s’occuper de 50 enfants, soit environ 5 enfants par « famille ». Des petites maisons individuelles ont été construites sur le terrain, les enfants sont placés dans une famille par classe d’âge ou/et par sexe mais en respectant les fratries. Ils sont scolarisés dans des écoles proches de la ferme, voient leurs parents une fois par mois lors d’un repas au siège du Volontariat ( les enfants sans famille participent à cette rencontre) et peuvent, durant les grandes vacances retourner dans leur famille.
Les femmes et l’homme sont nourris, logés, rémunérés (argent de poche et somme bloquée sur un compte), ont droit à un jour de sortie par mois. La scolarité de leur(s) enfant(s) est prise en charge par le Volontariat.
Voilà rapidement posées les grandes lignes du programme. Le Volontariat pense qu’après environ 2 ans d’existence, Nila Illam a assuré les essentiels soient la nourriture, l’hygiène, la santé et la scolarisation des enfants. Mais l’équipe estime aussi que ce projet doit s’inscrire dans une continuité, offrir aux enfants des apprentissages que la vie de famille n’a pu et ne pourra leur donner (règles de vie, sociabilité ... ) et donner aux femmes des perspectives d’avenir (aide psychologique, valorisation, alphabétisation, formation ...).
Michèle est à la ferme depuis un mois à travailler sur ces 2 sujets.
Comme je le disais plus haut, Madeleine propose que nous allions, Franck et moi, seconder Michèle, mais le directeur Mr Amul a d’autres projets (informatiques) pour Franck et il réussit à convaincre Madeleine, c’est donc finalement seule que j’irais à la ferme.
Malgré tout, nous allons visiter la ferme tous les deux le samedi 31 décembre et je commence à travailler dès le 4 janvier.
Quelques discussions avec Madeleine ont permis de définir plus clairement mon rôle, en plus de seconder Michèle sur la mise en place d’une coordination pédagogique, j’ai pour missions de m’occuper du linge des enfants (organisation des lessives, hygiène, aide aux femmes...) et de l’établissement des menus quotidiens. Pour cela, je suis aidée par Lakhsmi, une jeune indienne salariée du Volontariat en qualité d’intendante.
Le premier écueil est la barrière de la langue, car à la ferme, l’anglais n’est plus pratiqué, seule une (Pushpa) des 9 femmes le parle. Tous les échanges doivent se faire en sa présence ou alors en s’expliquant par gestes. Pas tant simple...
La langue du Tamil Nadu est le tamoul, on s’est offert la méthode Assimil, mais seul Franck a eu la patience de s’y mettre et il en a finalement moins besoin que moi.
Le premier mois est difficile, non seulement à cause de la langue mais aussi de la différence de culture. Je passe beaucoup de temps à regarder, à écouter (ce que je comprends).
Durant ce mois de janvier, Michèle s’active sur les règles de vie commune, elle achète et fait acheter pas mal de jeux grâce auxquels elle sensibilise les enfants à ces règles.
Nous constatons que ce qui manque le plus, c’est une coordination efficace parmi les différents intervenants mais aussi une personne permanente qui s’occupe d’un projet et d’un suivi pédagogique. C’est dans ce sens que nous rédigerons notre rapport en février.

Atelier de jeu Je donne un coup de main à Michèle qui met en place des ateliers de confection d’album-photos individuels pour chaque enfant. Nous prenons des photos lors de la rencontre mensuelle enfants-parents ainsi que lors des événements importants (La fête de Pongal [3], les sorties...), nous faisons développer et proposons les photos aux enfants par atelier de 5/6, ils sont ravis de pouvoir les coller sur leur album qu’ils ont préalablement décoré de leur dessin.
 

Parallèlement, nous réalisons (toujours avec eux) un gros album qui retrace la vie de la ferme.
L’idée étant de poursuivre ces ateliers afin que les enfants aient un fil entre leur vie familiale et celle de la ferme.
Nous affichons également un peu partout (maison, cuisine, salle commune ...) des petits panneaux confectionnés avec les enfants les sensibilisant aux règles de vie commune.
Nous sommes, pour toutes ces activités, aidées par Maud et Jude, 2 jeunes bénévoles l’une française et l’autre coréenne qui viennent tous les week-end et vacances animer des jeux avec les enfants, idem pour Ravikumar, jeune indien salarié de l’association ayant un très bon contact avec les enfants. En plus il parle tamoul et français !
De mon côté, je mets en place avec les femmes l’organisation des lessives afin que chaque maison ne lave pas son linge de son côté et à la main.
Une femme prend en charge les lessives de la semaine, roulement qui existe déjà pour la cuisine. Je me heurte à leur appréhension du fonctionnement de la machine à laver, mais avec de la patience, on y arrive ...
Nous transformons une maison inoccupée en buanderie (lavage, repassage et couture).

Dans l'infirmerie Le maintien de l’hygiène des enfants est la principale préoccupation : la collectivité, la campagne et les modes de vie favorisent le développement de divers parasites et petites infections contagieuses. Une infirmerie est basée à la ferme, mais point d’infirmière. Le docteur vient une fois par semaine et à la demande et une femme soigne les petits bobos.
Michèle et moi insistons pour une présence plus régulière afin de faire de la prévention.
Nous obtenons la venue d’une infirmière pendant une semaine durant le mois de janvier et à terme la formation d’une jeune indienne qui sera employée uniquement à la ferme.
 

Quant aux menus, nous mettons en place, Lakhsmi et moi, des menus hebdomadaires et essayons de limiter les préparations trop longues afin que les femmes puissent passer plus de temps avec les enfants qu’en cuisine. Les vadai, idli et autres beignets deviennent hebdomadaires.
Ce mois de janvier s’achève, je quitte provisoirement l’association pour recevoir Pascale qui nous rejoint en Inde. Michèle continue, nous nous voyons régulièrement pour faire un rapport sur notre travail et des propositions pour la ferme.
La principale étant d’embaucher un coordinateur pédagogique, maillon manquant pour un suivi efficace de l’éducation des enfants.



A mon retour, courant février, Michèle est partie. Je suis impatiente de retrouver les femmes et les enfants, voir si nos activités perdurent, si les jeux mis à disposition servent et sont proposés aux enfants, si les lessives se font bien à la machine selon le roulement établi.
Enfin, toutes ces petites choses qui nous avaient préoccupées et que nous souhaitions installées.
Et là, première joie, le Volontariat a embauché un couple indien de travailleurs sociaux, Surya a une expérience dans un centre d’accueil pour femmes et Nataraj son mari a pour projet de faire le jardin avec les enfants lors de leurs loisirs. Nous avions constaté en janvier que les activités communes plaisaient aux enfants, qu’elles renforçaient les liens et permettaient de consolider les règles de vie.
Il sera aidé par Sullivan, un étudiant français en ethnologie qui est là pour 4 mois en stage.
Cette embauche est très satisfaisante, c’était notre proposition principale et voir que le Volontariat est d’accord et acte sur ce point est encourageant pour l’avenir de Nila Illam.
Toutefois, il y a un bémol, l’arrivée de ces 2 personnes qui se renseignent sur tout et souhaitent mettre en place de nouvelles façons de faire n’est pas forcément bien perçue par les femmes de la ferme.
L’ambiance est tendue, les responsables au siège ne semblent pas encore s’en être aperçu ou pensent qu’il faut le temps à chacun de prendre ses marques.
Il est effectivement trop tôt pour faire un point d’étape et la mise en place d’un nouveau fonctionnement risque d’être longue.
Tout à coup, je suis un peu découragée devant le travail qui reste à faire, je prends conscience de la petite goutte d’eau que je suis, du fossé entre nos deux cultures et de la nécessité de proposer un travail suivi dans la durée : proposer, faire et rester longtemps...
Trop de gens comme nous passent et repartent puis d’autres prennent leur place.
Je reste quelques jours, je n’arrive à rien, chacune vient me raconter son mal-être, ses difficultés, je n’ai pas forcément de solutions, j’en parle à Surya qui écoute mais ne sait non plus par quel bout reprendre.
Avec le recul, je comprends que tous ces changements ont au moins donné aux femmes, le sentiment que l’on s’occupait d’elles, que l’on pouvait les aider, en tout cas que le Volontariat travaillait dans ce sens.
Sur le moment, je me rassure en me disant que l’embauche qui vient d’être faite va durer et que le travail accompli sera suivi, analysé, corrigé si besoin par les mêmes intervenants.
Je décide d’arrêter mon travail à Nila Illam, laissant à Surya et à son mari le champ libre pour démarrer leur activité.
Je préviens le directeur, surpris, il me pose quelques questions sur le pourquoi de ma décision mais respecte mon souhait et me remercie.
A l’origine, nous devions travailler jusqu’à la mi-avril. Mon départ de l’association n’implique pas celui de Franck qui continue.
Le Volontariat lui a confié la mission de réviser le logiciel de suivi des parrainages. Réalisé, il y a quelques années, il nécessite un petit toilettage et surtout l’ajout de nouvelles fonctions.
De plus, il est important de permettre à plusieurs travailleurs sociaux d’accéder aux dossiers simultanément, Franck est donc également chargé de son portage en réseau.
Cela fait, il leur propose et commence la réalisation d’une version intranet.
Enfin, il est décidé, suite à des difficultés d’organisation au sein de l’atelier Shanti (tissage, couture et broderie) de réaliser un logiciel de planification des temps et des tâches.
Il travaille au siège de l’association à Pondichéry au sein de la section informatique (formation dispensée en cours du soir à des adolescents).


Me voilà donc, sans activité. Brigitte, une amie de Grenoble doit arriver pour 15 jours.
Je prépare sa venue et les visites que nous souhaitons faire avec elle. J’écris aussi pour le site et aux amis de France.
Mais durant la plus grande partie de mon temps, je pense à la ferme de Tuttipakkam.
Je me pose tout un tas de question sur les motivations de mon investissement avec ces femmes et ces enfants, pourquoi tenais-je tant à travailler bénévolement dans une association « humanitaire » ? Pour les autres ? Pour moi ? Pour me prouver quelque chose ? Quel est le bilan pour eux, pour moi ?
J’en parle à Paule, rencontrée à Pondichéry, elle est infirmière et travaille aussi pour le Volontariat.
L’année précédente elle est restée 2 mois dans un dispensaire et pense déjà à ce qu’elle fera l’année prochaine. Cette discussion m’aide beaucoup à digérer tout ce qui s’est passé durant cette période. Il faut que je lâche un peu de mes doutes et que je regarde « l’autre » dans sa culture, sa vie et son passé. Ce qui me brasse, c’est que j’ai l’impression d’avoir beaucoup plus reçu que donné. Mais suis-je capable de maîtriser ce que j’ai pu donner ?
Brigitte arrive et nous parlons également de tout ça, elle est venue avec des présents pour les enfants de Tuttipakkam, nous nous y rendons donc un dimanche et c’est à nouveau un véritable bonheur de me trouver aux milieu d’eux.
Au départ de Brigitte, je décide donc d’y retourner « pour voir » et là c’est l’immersion totale, je passe d’abord une semaine à la ferme sans Surya et Nataraj partis dans leur famille.
Je participe aux tâches quotidiennes avec les femmes, reprends l’atelier album-photos avec les enfants, je rentre à Pondichéry les soirs sauf le vendredi où je dors à la ferme et le dimanche après-midi, nous y allons en scooter avec Franck.
J’essaie un atelier couture avec les femmes mais elles préfèrent faire des balais en coco, du coup c’est moi qui apprend à confectionner les balais et qui fait 2,3 bricoles en coutures à mes moments perdus.
Les responsables du Volontariat (Madeleine et Mr Amul) me laissent quartier libre, je pense qu’ils ont compris mon break et qu’ils me retrouvent plus sereine.
Puis Surya et Nataraj reviennent, ce sont les vacances d’été qui approchent.

Les maisons de Nila Illam Intérieur d'une maison de Nila Illam Cette année, pour la première fois, il est prévu que les femmes et les enfants quittent la ferme durant l’été pour prendre des vacances ( 3 semaines à Pondichéry et une semaine à la montagne).
Il est difficile pour Surya de s’occuper à la fois de la fin d’année scolaire avec les bilans et les ré inscriptions pour les enfants et de la préparation des vacances.
Je prends donc en charge cette préparation, il s’agit de rassurer les femmes sur ce qui va se passer durant ces vacances et de les aider à se préparer ainsi que les enfants dont elles ont la charge.
 
Les familles sont un peu modifiées pour l’occasion, un travailleur social, John, est embauché et il s’occupe des planning des logements et des activités. L’idée est de responsabiliser les femmes et de les rendre plus autonomes hors de la ferme.
Lakhsmi, Ravikumar et Sullivan travaillent aussi sur ce projet.
Les journées filent à toute allure, il faut faire les valises et laisser les maisons vides tout en continuant à assurer les tâches quotidiennes.
Parallèlement, des problèmes graves avec 2 femmes conduisent le Volontariat à les retirer de la ferme.
L’ambiance est à nouveau tendue et Franck et moi, décidons de prolonger notre séjour d’une dizaine de jours afin d’apporter notre aide et notre soutien dans ces moments difficiles.
Le grand jour des vacances est là et tout ce petit monde arrive à Pondichéry, nous les installons dans leur « résidence » et je suis chargée de les emmener en ville pour des petits achats et des visites de divers sites (temples, marché ...), chaque jour, je vais avec 2 mamans et une petite dizaine d’enfants, je leur montre l’hôtel où nous habitons et nous nous baladons.
Ce sont de très bons moments.
Et notre séjour touche à sa fin, nous quittons Pondichéry le 21 avril 2006 en laissant derrière nous tout ce petit monde avec l’espoir et le projet de revenir bientôt parmi eux ...



[1] Prise en charge financière d’un enfant par un donateur qui verse régulièrement une somme au Volontariat pour la prise en charge de la scolarité de l’enfant.

[2] Même si je parle toujours de femmes ou des mères, il y a un homme veuf qui est aussi famille d’accueil.

[3] Fête des moissons spécifique au Tamil Nadu, se déroulant autour de la pleine lune de janvier.


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