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Polynésie
Carnet de route

Le culte du cargo

modifié le vendredi 4 janvier 2008, première publication le vendredi 10 novembre 2006 par Chô


J’ai longtemps pensé que la religion était uniquement le meilleur moyen pour soumettre les peuples.
Seule la conscience politique avait à mes yeux toutes les vertus pour sortir les gens de l’obscurantisme et devait les pousser à se connaître et à s’affirmer.
Aujourd’hui, je suis plus nuancée et je me dis que cela doit être un peu plus compliqué que cela ! C’est juste que mes différents voyages sont passés par là et s’ils m’ont convaincue de l’étendue de l’influence des religions, ils m’ont aussi appris à voir comment les différents peuples les vivaient. Si les hindous et les musulmans sont le plus grand nombre, il n’en est pas de même pour les adeptes du culte du Cargo.
J’ai d’ailleurs mis un certain temps à comprendre de quoi il était question quand on parlait de Culte du Cargo.
Du coup, j’ai un peu potassé parce que je trouvais cela troublant et j’ai essayé de résumer, ci-dessous, les différentes documentations que j’ai pu trouver sur Internet [1].

« Ce phénomène religieux s’observe en Nouvelle-Guinée, aux Îles Salomon, aux îles Vanuatu (Tanna) et ailleurs en Mélanésie.
Ce culte, qui est une forme de messianisme, est apparu lors des premiers contacts des populations des îles du pacifique occidental avec les missionnaires chrétiens. Il correspond à une réinterprétation des rituels des missionnaires qui se sont trouvés associés avec l’arrivée des marchandises apportées par navire ou par avion (et appelées de façon générique "cargo"). Des prophètes locaux ont expliqué que la religion des missionnaires leur servait à faire venir des richesses à bord des navires de leurs "ancêtres". Comme les Mélanésiens se trouvaient exclus de ces dons supposés, ils ont organisé un culte préparant la venue de "cargos" apportés par leurs propres ancêtres, quitte à abandonner le travail de la terre et à laisser s’installer la disette. Des quais pour accueillir les navires annoncés et des entrepôts pour contenir les marchandises espérées ont même été parfois construits. Comme tous les messianismes, le culte du cargo est une religion de l’attente.

Le Vanuatu (et en particulier l’île de Tanna) a été le point de départ du culte du cargo. Les habitants de l’île de Tanna ont été presbytériens jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Un peu avant la guerre, un mouvement pour rétablir la coutume (Kastom) et les valeurs traditionnelles est apparu dans le sud de l’île. Il s’est même développé la croyance que les Blancs étaient incapables de fabriquer toutes les merveilles qu’ils voyaient ; il devait y avoir un dieu pourvoyeur de richesses que les hommes à peau blanche avaient su se concilier. Mais c’est l’arrivée des Américains qui déclencha le phénomène dit du "culte du cargo". En 1942, un millier d’hommes de Tanna ont été envoyés à Efate (île de Vaté) pour travailler à la base américaine. Ils ont été impressionnés par les grandes quantités de matériel et d’approvisionnement divers mais aussi par le fait qu’il y avait des soldats à la peau noire. Et cela a donné une nouvelle signification à leur mouvement religieux renaissant. Le mythe d’une sorte de héros qui traverserait la mer pour apporter aux hommes à peau noire, des richesses à profusion a été crée : John from America pour certains et pour d’autres tout simplement Jon Frum, qui représentait une sorte de nouveau Messie, une réincarnation de Dieu pour les îles du Pacifique (comme Jésus est une réincarnation de Dieu pour les Chrétiens). Comme signe de reconnaissance, les membres de cette nouvelle religion arboraient toujours la croix, non plus celle des missionnaires mais la croix rouge qu’ils avaient vue sur les ambulances militaires à Efate. D’ailleurs, aujourd’hui encore, on trouve dans de nombreux villages de petites croix rouges entourées de barrières en bois.

Les prêtres et les prophètes de ce culte étaient appelés " messagers " et ils prophétisaient le retour d’avions et de navires chargés de milliers de biens qui arriveraient en même temps que Jon Frum. Ils ont construit des pistes d’atterrissage et même des tours en bois, imitations des tours radio américaines, pour que Jon Frum puisse s’adresser à son peuple. Les partisans de ce mouvement ont même déclaré que l’on pouvait se débarrasser de son argent, tuer ses cochons, laisser son jardin en friche, car Jon Frum allait venir et les inonder de richesses. Ne le voyant pas revenir, les adeptes de ce culte en sont arrivés à rendre responsables les missionnaires et le gouvernement et il y a eu des troubles. Malgré l’arrestation et le jugement à Port Vila des dirigeants, le mouvement a continué à faire de nouveaux adeptes. Le culte du cargo a eu son apogée dans les années 50 quand en 1957, un drapeau américain a été hissé en haut d’un mat à Sulphur Bay (île de Tanna) et la nouvelle religion officiellement annoncée au monde entier avec chants et danses dont certaines étaient des imitations des parades de l’armée américaine. Ce culte qui rejetait l’influence du colonisateur et voulait revenir à la coutume mais avec les richesses occidentales a été une des composantes de la lutte pour l’indépendance. Comme l’expliquait un ancien ministre de la santé du Vanuatu : " Jon Frum a été le premier héros du mouvement pour l’indépendance. Ses partisans ont été les premiers à s’élever contre la loi coloniale. Le message de John Frum était que nous devions retourner à la coutume pour garder notre identité. "

John Frum (ou Jon Frum) est le prophète du Culte du cargo à Vanuatu. Sur l’île de Tanna, un dieu du nom de "kerapenmun", associé à une montagne, le Mont Tukosmeru, est vénéré. Un indigène du nom de Mancheri, sous le pseudonyme de John Frum, se fit passer pour ce dieu et fut à l’origine d’un culte en apparaissant à certaines personnes et en promettant "maisons, vêtements, nourriture et transport." Ce culte est toujours actif aujourd’hui. A Sulphur bay sur l’île de Tanna vit une communauté de 300 personnes pratiquant le culte de John Frum, elle vit selon les principes établis par le culte, ainsi aucun argent ne circule, chaque personne travaille pour la communauté et a des tâches particulières à effectuer, ses tâches doivent être effectuées sans attendre quelque chose en retour comme le recommande le culte de John Frum. Chaque vendredi soir, les habitants du village et des alentours se réunissent pour chanter la gloire de John Frum à la manière d’une messe. Ses adeptes croient que John Frum sera de retour un 15 février, ce dernier étant arrivé dans un grand bateau, ces adeptes affichent dans leurs maisons des photos de bateaux et de yachts. On nomme cette date le "jour de John Frum" à Vanuatu. Les lieux de culte de John Frum sont matérialisés par des grandes croix peintes en rouges entourées d’une clôture de bois. Le culte de John Frum a été interdit par les missionnaires jusqu’à l’indépendance du Vanuatu en 1980.
Ce nom de "John Frum" a comme possible origine les paroles de GIs lors de la Seconde Guerre mondiale, qui se seraient présentés aux indigènes comme "John from America" (John d’Amérique). Pour les man tanna "John" désigne communément et commodément l’homme blanc.
Le mouvement de Jon Frum possède aussi son propre parti politique, dirigé par Song Keaspai. »

Voilà, ce culte, habile mélange de religions, superstitions et politiques, bat en brèche mes idées de séparation des pouvoirs ( !).
Il est intéressant de voir comment tout cela s’est construit et fédéré.
En tout cas, cela m’a passionnée ...


[1] http://www.cosmovisions.com/$Cargo.htm
http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Frum


Le culte du cargo
le 6 janvier 2008, par M. Ogre
...S’il était encore besoin de douter de la collusion entre le politique et le religieux... C’est pourquoi il est toujours utile de rester vigilant sur ce que disent ou font les "autorités" religieuses de par le monde. Nous n’en avons pas finit de cette "bête immonde". A bas la calotte !!! Au fait, cette année, le pape décide de recruter des exorcistes pour extirper le démon des gens de "peu de foi"... In billet vert we trust !!!
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